Les Grandes Ecoles de commerce et d’ingénieurs sont de plus en plus nombreuses à développer, en plus de leur incubateur d’entreprises, un fonds permettant de financer certains projets de création d’entreprise développés par des étudiants ou des diplômés. Comment se sont développés ces fonds d’investissement, et comment fonctionnent-ils concrètement ? Focus sur deux fonds d’Ecoles, différents dans leur approche : 3T Capital de l’Institut Mines Télécom, et Cèdre Participations de l’Efrei.
Le fonds d’investissement 3T Capital a été créé en 2010, par trois associés ayant une expérience opérationnelle, d’entrepreneur ou de chef d’entreprise, afin de répondre aux besoins de financement des start-ups qui se développent au sein de l’Institut Télécom. « C’est dans la continuité de mon parcours d’entrepreneur que j’ai eu envie de créer un outil ayant vocation à aider les sociétés en amorçage. C’est d’ailleurs un plus dans cette activité de pouvoir être proche des créateurs, et de pouvoir contribuer au développement des entreprises» nous explique Gilles Debuchy, co-fondateur de 3T Capital.
Le fonds, dans lequel les fondateurs et l’Institut Telecom ont eux-mêmes investi, a vu le jour grâce au soutien financier de CDC Entreprises et du Fonds Européen d’Investissement. « Pour les convaincre, il a fallu notamment mettre en avant l’équipe et la capacité de l’Institut Mines Télécom à être un vivier de projets suffisamment riche » : les trois fondateurs ont ainsi récolté 20 millions d’euros, qui sont utilisés pour financer des entreprises en création au sein de l’Institut Mines Télécom. Un très fort partenariat de fait existe en effet entre les deux structures.
A ce jour, 3T Capital a investi dans sept projets d’entreprises, avec une fourchette d’intervention allant de 0.3 à 1.5 millions d’euros. L’objectif affiché de la structure : financer une vingtaine de projets au total.
Les projets soutenus par 3T Capital doivent posséder un fort savoir-faire technologique et être prêts à se développer commercialement, mais il n’existe pas de profil-type des entreprises financées, comme nous le rappelle M. Debuchy : « Nous n’avons pas de critère prédéfini pour choisir un projet. Il existe bien sûr de nombreuses conditions nécessaires pour qu’un investissement soit possible (comme le caractère innovant du projet, la capacité de l’équipe à vendre, à maîtriser son environnement, etc.) mais aucune d’elle n’est suffisante : au final, c’est un faisceau d’indices qui convergent et que doit renforcer un affectio societatis indispensable avec le management ». Ceci illustre bien la volonté affichée de 3T Capital d’être un véritable partenaire des entrepreneurs, qui les aide à structurer et à orienter leur entreprise très tôt dans leur parcours, et surtout dans la durée.
Quels sont les conseils de M. Debuchy pour parvenir à mettre en place ce type de fonds d’investissement ? « De s’armer de patience ! Il est en effet très difficile de trouver des fonds, même pour les professionnels qui travaillent dans le métier depuis longtemps. Finalement, c’est presque un projet de start-up comme un autre !».
Le fonds d’amorçage Cèdre Participations a été créé en 2009 par l’Efrei, l’association des Diplômés AI Efrei, ainsi que le CEDRE (Club des Entrepreneurs, Dirigeants et Repreneurs d’Entreprises). L’objet de la structure : financer, mais aussi accompagner les créations d’entreprises au sein du Réseau de l’Efrei. « J’avais l’habitude de participer à des revues de projets qui avaient lieu chaque année à l’Ecole. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de projets qui avaient besoin de financement, mais surtout d’accompagnement pour se développer, et d’un accompagnement ancré dans le temps » nous explique Alain Mathieu, Fondateur et Président de Cèdre Participations.
L’accompagnement des créateurs d’entreprises est en effet un point-clé pour Cèdre Participations : « Nous avions d’abord la volonté d’accompagner les projets, et l’apport en financement avec une contrepartie sous forme de dividende est venu en plus de cela, comme moyen de rémunérer le suivi qui est fait et qui demande beaucoup de temps ». Cet accompagnement est pris en charge par des anciens de l’Ecole, comme nous l’indique Jean-François Lambert, le Président du Conseil d’Investissement : « On attribue un coach à chaque projet, en fonction du domaine d’activité de la future entreprise. Le coach, un ancien de l’Ecole, accompagne le créateur, participe à la réflexion sur le développement de la structure, et à la mise en place d’outils pour le projet ».
Ce sont également les anciens de l’Ecole qui financent le fonds d’amorçage, en souscrivant à des actions émises périodiquement par la société. A ce jour, le fonds compte 40 actionnaires, un montant moyen compris entre 4 000 euros et 5 000 euros. Les contributions vont de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour M. Lambert, c’est une démarche naturelle de la part de ces diplômés de l’Ecole : « les anciens y trouvent un double intérêt : premièrement un intérêt fiscal, puisque le fait d’investir dans le fonds donne droit à une réduction d’impôt, au titre de l’IR ou bien de l’ISF [Cèdre Participations est éligible au dispositif TEPA, ainsi qu’à d’autres réductions d’impôts, ndlr] ; deuxièmement, un intérêt d’investissement dans un projet porté par un étudiant ou diplômé de son Ecole, d’apporter de l’argent et des compétences pour ce projet ».
Les projets présentés à l’équipe de Cèdre Participations, le sont entre autres par le Référent entrepreneuriat de l’Efrei, Xavier Bouvier. Ils sont choisis en se basant sur des critères comme la qualité de l’équipe, le potentiel du projet, mais également le besoin en accompagnement, comme nous l’explique M. Mathieu « il faut que Cèdre Participations puisse apporter quelque chose au projet en termes d’accompagnement. Il nous est déjà arrivé de ne pas investir dans des projets parce que nous ne voyions pas ce que nous pourrions leur apporter ». Les start-up peuvent ainsi lever des fonds allant de quelques milliers d’euros, jusqu’à 100 000 euros dans certains cas.
Trois possibilités de sorties s’offrent au fonds d’amorçage : la revente des titres aux fondateurs, à d’autres investisseurs, ou bien à un industriel du secteur.
Comment faire pour monter ce type de fonds d’amorçage, qui s’appuie sur le réseau des diplômés de l’Ecole ? « Il faut pouvoir y consacrer du temps, pour la recherche et l’identification des projets notamment, et pour leur qualification. Cela demande en effet une analyse longue, et des contacts réguliers avec les fondateurs. Ensuite, il est nécessaire de constituer une équipe variée, qui rassemble des personnes ayant des compétences complémentaires (expertise financière, en valorisation d’entreprise, expertise dans les secteurs dans lesquels le fonds investit, etc.)» selon M. Lambert. Cette vision des choses est partagée par M. Mathieu, pour qui le plus important c’est « d’être patient et d’avoir une vision long terme, tout d’abord dans le sourcing des projets, mais aussi dans le processus d’investissement. C’est l’originalité de Cèdre Participations : notre vision long terme. Le fonds permet également d’apporter une activité supplémentaire à la vie de l’association des anciens, en leur fournissant une motivation et des occasions de se rencontrer ».
Il existe d’autres modèles de fonds d’investissement pour aider de jeunes start-up en création au sein d’Etablissements de l’enseignement supérieur. C’est à l’Ecole souhaitant en développer un qu’il convient de choisir celui qui correspond le mieux à sa vision du financement de l’entrepreneuriat.
Sources : Site internet 3T Capital (http://fr.3tcapital.com/)
Site internet Cèdre Participations (www.cedre-participations.com/)
Interview de M. Gilles Debuchy, co-fondateur de 3T Capital
Interview de M. Jean-François Lambert, Président du Conseil d’Investissement de
Cèdre Participations
Interview de M. Alain Mathieu, fondateur et Président de Cèdre Participations
Claire Spohr